Ne me demandez pas mon age, je n'en ai pas...
Ne me demandez pas d'où je viens, je ne sais plus, j'ai tellement erré...
Le souvenir d'une adolescence qui se termine dans de noires années ravagées par les guerres et la peste, où l'amour n'avait sa place....
Les croisades avaient arraché à notre famille de noblesse Burgonde deux de mes frères ainés. Le troisième avait embrassé la religion et fait le choix de rester hors du monde, plongé dans l'étude et la botanique. Le chaos qui régnait autour de nos terres incita notre père à confier l'éducation de sa seule fille aux soeurs du couvent des Cordeliers, en dehors de ses terres. La petite Verula grandit dans la discipline de l'univers confiné du couvent, sans toutefois oublier ses jeux et joutes passées avec ses frères ainés.
Si la prière et le jeune fastidieux l'ennuyaient, Verula découvrait le monde de l'étude qui répondait à sa soif de connaissance, et sa curiosité insatiable. Le latin, le grec, furent ses compagnons ainsi que les sciences naturelles, qu'elle developpa secrètement en attrapant et disséquant chaque insecte, chaque bête qui croisait son chemin. L'étude finie, elle cachait les ossements dont elle aimait la matière et la forme.
Ce fut par une lettre qu'elle apprit le décès de son père dans un combat perdu. Elle fut autorisée à sortir du couvent quelques jours seulement, pour embrasser sa dépouille lors de ses funérailles.
Le temps passait et les lettres de sa mère l'inquiétaient de plus en plus. Le désespoir la minait, elle espèrait encore retrouver son fils ainé toujours en croisade. Hélas !
N'ayant guère le sens des affaires, prise au dépourvue, pressée par les dettes et par de lubriques nobliaux de campagne, sa mère fut contrainte pour ne point tomber dans une déchéance déshonorante, de promettre son unique fille à un riche marchand.
Verula quitta donc le couvent pour rejoindre ce qui lui restait de famille.
Il lui fallait maintenant s'apprêter à une nouvelle vie, celle d'épouse, à laquelle elle n'était point préparée.
La première rencontre fut un choc. Bien que considéré comme bel homme, le riche bourgeois était plutôt grossier, sans culture aucune. Plusieurs fois Verula se mordit les lèvres ne songeant qu'à fuir ses navrantes palabres.
La date du mariage fut fixée. Il lui fallait fuir ce destin funeste.
Elle écrit une lettre à l'intention de sa mère, puis empaqueta quelques vêtements, et disparu dans la nuit.
Mais fuir où ? Seul son frère moine pourrait l'aider. Elle résolu donc de se rendre dans le lointain monastère où il vivait reclus. Habillée sobrement, elle put donner quelques temps le change sans être trop ennuyée.
Elle suivit à distance plusieurs semaines une troupe de mercenaires qui empruntaient le même chemin. Elle suivit leurs coups d'éclat, et parfois leurs sordides affaires. La rescousse de quelques paysans harcelés par les loups, mais aussi le pillage, et parfois les viols.
Leurs troupes s"étiolaient, ou grandissaient, chaque lune apportait de nouveaux changements. De passage dans une bourgade plus importante, de nouvelles recrues les rejoinrent. Parmi eux un ange blond. Fils de riche famille, maléfique et pervers, prêt à toutes les cruautés. Verula découvrit le sentiment amoureux pour la première fois....
et tout s'accéléra.....
le temps ne fut plus rien.
De loin, cachée, elle l'observait, si beau, le visage si doux, mais si cruel.
Elle oubliait le temps, les combats, la peste et le choléra qui rodaient tout autour...
et tout s'arrêta...à la tombée d'une nuit....dans ce champs de bataille...
le combat avait été rude, et alors que les mercenaires restants regardaient, hagards, le regard vide, ceux qui étaient tombés, un bruissement se fit entendre. une colonne d'hommes encapuchonnés les encercla, sans difficulté. ils firent mettre les hommes à genoux. et les décapitèrent....
Elle vit la tete de son ange maléfique tomber, et rouler au sol...à quelques pas à peine du buisson où elle se terrait, terrorisée, impuissante... le temps s'arrêta.
Une larme coula le long de sa joue.
Plus rien. La nuit.
Fuir encore...courir dans la nuit...
passer les villages désertés....les gibets pleins de pendus....
....La douleur et le dépit, la fuite, fuir et se cacher pour tenter de survivre dans le chaos qui ravageait nos contrées....
et puis... trop près d'un champ de combat, je trébuche et tombe.....le sang coule....
une éternité plus tard, mes yeux s'ouvrent....cet homme qui leche mes blessures, et me caresse....qu'est ce ? le plaisir et la souffrance......étrange sensation entre la vie et la mort...
Je ne sais plus ce qui se passa après. J'avais à nouveau de beaux et chauds vêtements, des bijoux...le seigneur silencieux, observateur, et bienveillant. J'étais désormais hors du temps. Il me fit sienne, par la chair et par le sang. Je fus alors initiée à des plaisirs charnels, et cruels, qui m'attachèrent un moment à ce seigneur, obscur et sanguinaire, d'un raffinement subtil.
A mes heures perdues, je chevauchais au loin du château, explorant les forêts alentours. Ma soif de liberté, ma curiosité me poussaient toujours plus loin, et au cours d'une de mes errances, j'arrivais ainsi au Sanctuaire des Vamps Lords. La beauté du lieu, la noblesse de ses habitants, leur élégance me touchèrent et je sus à l'instant que là était l'endroit ou je souhaitais demeurer...l'étude de leurs grimoires achevèrent de me convaincre. J'avais le gout du sang, je méprisais a tout jamais la race humaine, et l'éternité m'appartenait désormais....
De nobles vamperesses, Yliane et Elfy, m'accueillirent avec élégance, et j'abandonnais mon errance avec un sentiment de défi, de volupté, mon corps parcouru de vibrations étranges...
Vamps Lords je suis désormais...avide de connaissances, d'explorations infinies, repoussant les limites.... me repaissant dans les endroits obscurs de ces êtres mûs par leurs pulsions...observant et reniflant du haut des toits les humains, me glissant parfois contre leur pauvres corps endormis pour en retirer un peu de leur incarnat substance vitale.....
"La nuit descend...
on y pressent...
un long destin de sang"
G.Apollinaire